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Carnet de voyage des Franchileros : Pierre-Julien Mathias et Marie-Pierre...une pure aventure en Argentine, Chili, Bolivie, Pérou, Equateur et Vénézuela «Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie » Alphonse de Lamartine BilanNous voilà au terme de notre magnifique périple. Ça parait déplacé de dire que ces mois de vadrouille sont passés trop vite mais ça a été le cas, surtout lorsqu'on voit tant de choses et que l'on parcourt autant de distance en si peu de temps... (environ 20 000 km excursions non incluses) Comme dirai Mamita : "les plus belles rencontres que j'ai faite étaient en voyage"; "des rencontres à usage unique" selon Edouard Norton dans Fight Club. Elles ont un quelque chose de spéciale... un caractère plus naturel et authentique : l'autre n'a pas de passé ni d'avenir (du moins cela importe peu dans l'instant), il n'y a que le présent entre vous et l'autre, les âmes se rencontrent. On est au plus proche de l'autre, il n'y a rien à prouver, les rencontres sont "vraies" car l'instant est éphémère, on va au plus près des choses...
Le plus magique au cours d'un voyage c'est la découverte d'une autre culture, de nouveaux horizons, de pensées et modes de vie différents. Le voyage est le seul moment où je parviens à retrouver ce regard si particulier qu'ont les bébés : fasciné et captivé par la découverte du monde. Le voyage nous permet d'abandonner nos certitudes et nos repères dans un lieu inconnu où l'on arrive encore à "boire" sans lassitude le monde qui nous entoure, et accueillir la différence avec un autre regard. La différence (de couleur de peau, de culture, de religion...) et particulièrement son acceptation, est la plus grande richesse que puisse répandre l'Homme car elle invite naturellement au respect d'autrui (son mode de vie, ses convictions, sa sexualité...) Avide de cette différence, j'aime sentir le souffle de ce vent nouveau qui s'engouffre dans mes poumons et m'invite à penser le monde et les gens autrement que dans l'étroitesse de la routine quotidienne qui domine nos vies et enchaine un bon nombre d'entre nous.
Ça valait vraiment le coup de tout plaquer pour quitter cette routine quotidienne qui nous absorbe dans l'oubli nos rêves...
Merci à toi petit bolivien de 4 ans pour t'être planqué derrière ta grande sœur après m'avoir mis une main aux fesses. Merci à Monsieur Soleil de nous avoir accompagné si fidèlement et à Madame la pluie de nous avoir laissé en paix.
Organisateur sur place / interprète : Pierre-Julien Lavilgrand. Improvisateur et photographe (particulièrement doué pour les photos volées) : Mathias Bathfield. Envoyée spéciale (rédaction et photos) : Marie-Pierre Lavilgrand. VENEZUELA : Caracas/ Choroni/ Chuao/ Ciudad BolivarDe l'avion qui se dirige vers Caracas nous apercevons la côte découpée du Venezuela et les eaux turquoise de la mer des Caraïbes, en contraste avec la terre rouge et la végétation flamboyante des collines environnantes. Arrivés à l'aéroport, trois porteurs déguisés en flics français viennent nous proposer discrètement de changer de la monnaie à un bon taux, on continue un peu plus loin et c'est tout le monde qui nous assaille pour le change. Un vent d'air chaud et humide nous met une claque lorsque nous mettons un pas dehors. Nous grimpons dans le bus nous menant à la capitale, Caracas : salsa à fond, nous passons les banlieues bordées de centaines de petites cases colorées, entassées les unes sur les autres; la conduite est anarchique.
Caracas est une jungle urbaine, une ville monstrueuse où règne un joyeux bordel : une activité trépidante avec d'incessants klaxons en guise de fond sonore (quelqu'un nous explique que les vénézuéliens ne supportent pas le silence, synonyme de mort, et qu'ils ne peuvent donc pas s'empêcher de faire du bruit). Malgré son agressivité, son stress et son bruit, Caracas reste étrangement agréable avec son ambiance tropicale : il y a beaucoup de blacks, et de manière générale un riche métissage; de nombreux étals de fruits tropicaux bordent les rues colorées, et nous entendons de la salsa et du reggaetone à chaque coin de rue. La vie est chère; nous échouons dans un hôtel de passe aux chambres ornées de miroirs et aux escaliers équipés de caméras... Nous retrouvons la charmante Justine (copine française) et ses amis : l'ambiance est très portée politique et développement rural, compte tenu des études et fonctions de chacun. "A Caracas les flics seront vos pires ennemis" nous dit-on; nous le testons malgré nous : un flic nous hèle et nous fait faire demi-tour pour nous incendier (d'un regard méprisant et d'un air hautain) car nous avons osé ne pas répondre à son bonjour, que nous n'avions bien évidemment pas entendu... Tranquilo señor !!!
Nous partons pour Choroni sur la côte; dans le bus on nous demande de garder fermés tous les rideaux, par sécurité : afin d'éviter les projections de pierres venant de délinquants. Nous empruntons une route de montagne qui serpente péniblement à travers une végétation humide dense et luxuriante, traversant de beaux paysages et une forêt de bambous. Choroni est un petit village de pêcheurs fort plaisant, rappelant un peu Manapany-les-bains à la Réunion. Nous logeons à Puerto Columbia dans une auberge rustique; à peine arrivés nous déjeunons rapidement et prenons une lancha (barque à moteur) pour aller se poser sur une petite plage paradisiaque et retirée. Nous nous éclatons dans les vagues d'un bleu turquoise puis reprenons la mer : c'est vraiment le pied cet endroit ! Le lendemain nous partons en bateau à Chuao, charmant petit village en bord de mer, très roots, dans une atmosphère de bout du monde où le temps semble s'être arrêté. Seuls face à une nature triomphante, nous marchons pendant 1h jusqu'au village, à travers des plantations de cacao (le meilleur du monde selon eux), café, canne à sucre, bananiers, fruits à pain, et une forêt d'arbres gigantesques. Nous nous liquéfions sur place sous le cagnard; il fait tellement chaud que le bitume engloutit en son sein des centaines de capsules de bouteilles. La majorité de la population est noire, tous descendants d'africains et tous pieds nus; tout produit arrive ici par barque, même les rares voitures que l'on croise... Nous rentrons à Choroni et buvons une bière sur le petit port; les pêcheurs font l'attraction du coin avec les espadons, requins et autres poissons qu'ils ramènent. En soirée nous sortons faire la fête : nous sirotons divers cocktails tout en admirant (le regard médusé) une danse endiablée : Pablo, notre pote vénézuélien et la serveuse italienne dansent le meringue et la salsa divinement bien (muy caliente...) Nous sortons ensuite nous balader dehors : le week-end le village s'enflamme dans le crépitement des tambours du barlovento (une danse sensuelle et primaire), le tout arrosé de guarapita (rhum passion). Nous finissons en boîte de nuit jusqu'à 4h du mat : en savates, panta-court et débardeur; la piste est en plein air posée sous un flamboyant.
Le lendemain Marie-Pierre part rejoindre Mathias à Caracas (Julien reste se poser à Choroni); nous partons pour une nuit de bus jusqu'à Ciudad Bolivar dans la Gran Savana. Nous atterrissons dans une très belle et agréable auberge (Don Carlos) de style colonial, tout en bois avec un joli patio, un bar façon western, des chaises en fer forgé ou en bois sculpté, et de nombreux objets anciens; on y écoute que du reggae, et l'ambiance est très décontractée...
Nous partons 3 jours en tour organisé au Salto Angel : après 2h30 de bus nous prenons un petit cessna que nous devons attendre 1h le temps qu'il recharge la batterie ! Nous survolons des paysages bucoliques : des chutes d'eau boueuse, une dense forêt, d'énormes tépuis (montagnes de forme tabulaire), de larges rivières aux nombreux îlots, des lagunes... jusqu'à un petit village où nous prenons une barque en direction du campement. Au détour de certains virages le río nous offre des paysages magnifiques, le trajet à lui seul vaut le détour, tout est grandiose : les imposants tépuis aux multiples cascades, leurs reflets dans l'eau, les jeux de lumière du soleil couchant, la dense forêt tropicale qui borde le río... Un orage menace au loin : on se prend une pluie diluvienne qui nous détrempe en quelques secondes.
Notre campement est un grand préau sous lequel sont suspendus une trentaine de hamacs. Après une courte nuit grâce à un ronfleur invétéré, nous reprenons le río jusqu'au second campement, passant les rapides à contre courant : l'eau s'infiltre dans la barque et nous trempe. L'après-midi nous partons en excursion au Salto Angel : plus hautes chutes du monde (9079m) sur le trajet l'eau est couleur rouge-ocre; nous nous baignons dans ses eaux fraiches et tonifiantes. Le dernier jour nous partons à l'aube, l'atmosphère est mystique : une épaisse brume a envahit la forêt et le soleil inonde les falaises tépuis d'une lumière rosâtre. Nous arrivons au Salto Sapo : impressionnantes chutes d'eau que nous admirons du sommet, puis nous empruntons un petit sentier passant derrière les chutes : le bruit est assourdissant et la force de l'eau impressionnante, nous prenons une bonne douche... Nous continuons ensuite vers le Sapo Acha dans la belle lagune Canaïma, et rebelote... notre tour s'achève ici; nous reprenons l'avion pour Ciudad Bolivar où nous passons 2 jours tranquillou-pépère, puis nous filons en bus de nuit à Caracas. Demain déjà, nous rentrons en France, après 5 mois de vadrouille et de merveilleuses découvertes...le temps passe vite... EQUATEUR : Riobamba/ Baños/ QuitoNous faisons une halte à Riobamba puis continuons vers Baños; le taxi nous amenant au terminal se met à courser le bus (déjà parti) pour qu'on puisse y grimper. Baños de Agua Santa est un petit village paisible niché au creux des Andes et adossé au versant du volcan Tungurahua en activité permanente depuis 1999. Le cratère de ce dernier est à moins de 10km de Baños, ses gerbes de feux n'ont jamais atteint le village mais il a une fois été enseveli sous une épaisse couche de cendres. Nous apprécions la douceur de vivre de ce village thermal à la végétation tropicale et abondante. Dans notre auberge nous entendons avec émerveillement et admiration un fou rire de perroquets !
Nous filons ensuite à la capitale, Quito : située à la base du volcan Pichincha, la ville étend ses quartiers populaires sur de verdoyantes collines et se divise en deux grandes zones distinctes : le Quito moderne au Nord et le Quito colonial au Sud. Notre auberge se situe en plein Quito moderne : très branché (hôtels internationaux, restaurants chics, bars, discothèques...), on se croirait à beachland; la nuit il y règne une atmosphère électrique (la ville ne dort jamais...) Nous nous y faisons une chouette bande de potes espagnols, français et anglais. Nous partons visiter le Quito colonial : historique et populaire, il renferme de nombreuses façades ouvragées, des marchés, des petites places pavées, des ruelles étroites et une impressionnante cathédrale.
Nous gagnons ensuite La Mitad del Mundo (autrement dit : le milieu du monde, à 2483m d'altitude): nous franchissons la ligne de l'Equateur (physiquement marquée au sol) du Sud au Nord (certaines expériences y sont réalisées au grand bonheur des touristes). Le lendemain nous grimpons (en compagnie du très chaleureux équatorien Jaime) dans un téléphérique jusqu'au sommet d'une montagne à 4100m d'altitude, offrant un panorama époustouflant sur Quito, les volcans, montagnes et vallées alentours. Nous filons ensuite à Otovalo, le plus grand (trop) marché de toute l'Amérique Latine, nous y faisons nos emplettes puis retournons à Quito prendre l'avion pour le Venezuela. Adíos Ecuador! EQUATEUR : Loja/ Vilcabamba/ CuencaNous voilà en Equateur. Notre première impression ? On se croirait à la Réunion ! (Marie-Pierre sent qu'elle n'aura aucun mal à aimer ce pays...), notre bus arpente une route sinueuse 8h durant, à travers montagnes et collines couvertes d'une végétation tropicale luxuriante.
Nous nous arrêtons à Loja, ville étape pour aller visiter Vilcabamba : charmant village à l'éternel printemps, niché dans la Vallée des centenaires (ici dit-on "la mort a pris des vacances", nous voyons accroché à un mur la photo d'une dame de 126 ans). Nous séjournons quelques jours dans un écolodge situé en plein cœur de la réserve naturelle de Rumi Huilco. Nous voilà en pleine forêt tropicale : nous dormons avec scorpions et araignées, nous nous douchons avec limaces et moustiques coriaces, et cuisinons avec cafards, guêpes et bourdons. (Marie-Pierre est on ne peut plus rassurée...). Notre piaule à l’intérieur humble et 100% naturel, est en terre crue et en bois. Nous y accédons en franchissant un pont affaissé sur une des rives de la rivière (cf. photos) puis en empruntant un petit sentier. A Vilcabamba le temps semble s'être arrêté. Nous visitons la réserve et mitraillons ses beaux oiseaux et papillons; quand nous rentrons le soir, des lucioles nous offrent un spectacle magnifique illuminant la montagne de leur scintillement vert phosphorescent.
Nous partons faire une superbe balade à cheval dans l'immense Parc National de Podocarpus, à la biodiversité incroyable (orchidées, oiseaux...). Le parc s'étend de 900m à 3800m d'altitude et on y trouve tous les écosystèmes depuis la forêt tropicale humide jusqu'aux hauts plateaux. Nous traversons des rivières, passons des cols, nous enfonçons dans des sous -bois humides et frais. Lorsque nos chevaux partent au galop nous sommes comme des gamins, large sourire aux lèvres et moustiques collés aux dents. Chouette journée s'achevant sur un agréable et lascif massage (...)
Nous prenons ensuite la route pour Cuenca, Mathias nous quitte pour aller en Colombie. N'ayant pas arrêté de courir pendant 3 mois, Julien et Marie-Pierre préfèrent prendre le temps de vivre et d'apprécier les rencontres. Troisième grande ville du pays, Cuenca, pétrie d'une âme coloniale, possède un charme indéfinissable. Classé au Patrimoine de l'Unesco, son centre historique est magnifique, renfermant petites rues pavées, jolis balcons fleuris et ouvragés, façades historiques, maintes églises et une majestueuse et splendide cathédrale. On y flâne avec enchantement sans jamais se lasser; l'inconvénient est qu'on n’arrive plus à la quitter...
Nous séjournons dans une sympathique auberge à l'ambiance très conviviale où nous nous faisons une bande de potes argentins, colombiens et français. Nous partageons nos cultures, enchainons les fêtes, les parties de cartes à n'en plus finir.. Julien et moi n'arrivons plus à partir, nous repoussons l'échéance par deux fois. Après une semaine nous arrivons enfin à plier bagages : un pincement au cœur nous échangeons les adresses e-mails avec nos potes, les serrons dans nos bras et partons pour Baños. PEROU : Lima/ Huaraz/ Trujillo/ HuanchacoLima, capitale du Pérou située sur la côte, est une ville maussade en hiver avec sa constante "neblina" : rideau de nuages et de brume toujours baissé. La ville présente une belle architecture coloniale et regorge de flics et de gardes car dangereuse. Certains chauffeurs de taxi conduisent enfermés dans une "cage" grillagée pour se protéger; les flics patrouillent avec leur bouclier et sur la Plaza Mayor des tanks sont postés devant le Palais Gouvernemental. Nous y restons 2 jours, logés dans le quartier résidentiel de Miraflores, puis prenons la route pour Huaraz : joli petit bled posé entre les imposantes et superbes cordillères Blanche et Noire. Nous partons grimper le Pastoruri (5460m), sur la route nous croisons des puyas de Raimondi, curieuses plantes endémiques au Pérou ne fleurissant qu'une fois tous les 100 ans et ne poussant que de 3800 à 4200m d'altitude. Nous faisons une halte à la lagune aux 7 couleurs, remplissons nos bouteilles d'eau ferrugineuse et commençons l'ascension du Pastoruri (un panneau indique "sentier difficile mais pas impossible"). Arrivés au pied du glacier nous découvrons une grotte magnifique à l'intérieur bleu turquoise et parsemé de stalactites, où l'eau sculpte gracieusement la glace. Le sommet du glacier est une porte ouverte sur les Andes, nous y apprécions des paysages grandioses nous laissant sans voix. Nous arpentons ensuite la descente en partie sur les fesses en se lançant des boules de neige. Le lendemain Mathias et Marie-Pierre partent en trekking pour 4 jours dans le Parc National de Huascaran : vrai petit bijou de la nature, le trek de Santa Cruz renferme lacs, rivières, cascades et vallées, le tout cerné de glaciers et montagnes de plus de 6000m. Debout à 6h nous faisons 3h de bus sur une piste pourrie à travers la montagne, passant par la lagune bleu turquoise Llanganuco surmontée du plus haut sommet péruvien : le Huascaran. Arrivés au début du sentier le guide charge les mules et nous partons pour 4h de marche jusqu'au campement; pendant la pause déjeuner les mules viennent nous quémander notre casse-croûte. Le lendemain nous franchissons le col de Punta Union (4750m) donnant sur un panorama magnifique. Après 7h de marche nous arrivons au campement et admirons le coucher de soleil sur les pics enneigés. Après une courte et bien fraîche nuit nous partons au mirador de l'Alpamayo, "la plus belle montagne du monde" (selon les péruviens) en forme de diamant, puis nous nous enfonçons dans une superbe vallée aux paysages bucoliques, couleur rouille, ocre, vert amande, turquoise, rouge... Le dernier jour nous poursuivons notre treck dans cet endroit paradisiaque puis rentrons en mini bus à Huaraz : après une douche salutaire et un bienvenu repas copieux, nous enchainons sur une nuit de bus jusqu'à Trujillo sur la côte pauvre et désertique du Pérou. Nous passons la nuit à Huanchaco, station balnéaire à 15km de Trujillo, puis prenons un bus pour Piura, dernière ville étape avant Loja en Equateur.
Notre long séjour péruvien s'achève ici. Adios Perú ! |
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